Dossier

Matières premières : quand la politique s’en mêle

LE PÉTROLE : LA PRODUCTION SE TEND SUR FOND DE CONFLITS GÉOPOLITIQUES

Pour la première fois depuis novembre 2014, le cours du Brent est passé au-dessus des 80 dollars le baril et au vu des inquiétudes actuelles sur les stocks d’Or noir, les chances qu’il se maintienne à ces niveaux sont bonnes. Le 20 mai, le président sortant du Venezuela, Nicolas Maduro, a été réélu dans un climat extrêmement tendu sur fonds de manipulations du scrutin et de corruption. Ni une ni deux, dès le lendemain, le président américain
Trump a signé un décret visant à isoler encore un peu plus économiquement le pays, ce qui ne manquera pas d’aggraver la baisse de production de pétrole au Venezuela. Pendant ce temps, l’Union Européenne s’efforce de passer entre les filets des nombreuses sanctions éditées par le gouvernement des Etats-Unis. La Commission Européenne souhaite se protéger d’éventuelles remontrances notamment avec la réactivation de la loi de blocage datant de 1996 et visant à protéger les entreprises européennes contre les sanctions que les Etats-Unis s’apprêtent à réinstaurer contre l’Iran. Ce dispositif, adopté originellement pour contourner l’embargo sur Cuba mais jamais employé, permet aux entreprises et aux tribunaux européens de ne pas se soumettre à des réglementations relatives à des sanctions prises par des pays tiers. Néanmoins, la chancelière allemande a précisé qu’il serait techniquement impossible de totalement protéger les entreprises des retombées éventuelles de ces sanctions, ce qui n’a pas manqué de faire élever certaines voix concernant l’efficacité de la loi de blocage. Par ailleurs, les Etats-Unis pourraient toujours menacer de fermer leur marché aux entreprises qui ne coopéreraient pas… Connaissant l’importance du marché américain, cela pourrait être au moins aussi dévastateur financièrement qu’une amende. Allant dans ce sens, notre mastodonte national Total a déjà annoncé qu’il suspendrait toute transaction avec l’Iran si les Etats-Unis prenaient des mesures restrictives à son égard afin de ne pas se fermer les portes du marché US. Même son de cloche du côté de la compagnie maritime danoise de transport pétrolier Maersk et des entreprises d’assurance des cargaisons de ces navires. Dans un tel contexte, il reste donc à savoir si l’Union Européenne parviendra à préserver son accord nucléaire avec l’Iran et à minimiser l’impact sur le marché pétrolier.

LES MÉTAUX PRÉCIEUX : BIENTÔT À NOUVEAU VALEUR REFUGE ?

Le cours de l’Or est toujours bloqué sous les 1 300 dollars l’once et peine à retrouver ses plus hauts de 2018. Le cours de l’Argent, par contre, a repris quelques couleurs et se négocie au-dessus des 16,50 dollars l’once. Exception faite du marché obligataire italien, les tensions quant à une crise sur les marchés de la dette européenne ne sont pas encore tangibles. Les métaux précieux n’ont donc pas bénéficié d’un rebond au titre de valeur refuge.
Ceci pourrait néanmoins changer très rapidement en fonction des évolutions politiques en Italie et ses conséquences sur l’Europe au global. L’augmentation des dépenses et les réductions d’impôts pourraient creuser encore un peu plus la dette italienne, déjà très élevée (2 300 milliards d’euros), et faire paniquer les marchés. Par ailleurs, l’évocation d’une annulation pure et simple de la dette italienne par les mouvements 5 Etoiles et La Ligue a pris tout le monde de court mais n’a pas entraîné de mouvement de panique globale sur les marchés financiers. Une véritable crise obligataire en Italie provoquerait au sein de l’Union Européenne un séisme bien plus important que l’épisode grec en 2008 et propulserait les cours des métaux précieux. Si le consensus ne penche aujourd’hui pas vers ce scénario, certains analystes voient néanmoins une véritable opportunité à court terme pour les cours de l’Or et de l’Argent.

LES MÉTAUX DE BASE : EN MANQUE DE DÉBOUCHÉS

Le cuivre : mauvais élève dans la catégorie des métaux ? Pas vraiment… Avec 5% de baisse depuis le début de l’année, son cours évolue depuis des semaines entre 6 800 et 7 000 dollars la tonne, les facteurs haussiers et baissiers semblant se contrebalancer parfaitement sans que les marchés décident de faire pencher la balance d’un côté ou de l’autre. D’après le dernier rapport du London Metal Exchange, la récente stabilisation du cours du cuivre est principalement due à la confiance des investisseurs alors même que la demande physique du métal demeure faible et que les stocks ont doublé au premier trimestre atteignant les 300 000 tonnes. Cette diminution des débouchés pour le cuivre vient principalement du secteur de la construction chinois en perte de vitesse marquée, qui était jusque-là, de loin, le principal consommateur du métal. C’est donc sans surprise
que le ratio entre les cours du pétrole et du cuivre, considérés comme deux indicateurs révélateurs du dynamisme économique,
a plongé à son niveau le plus bas depuis 2014. Par ailleurs, le cout relativement élevé du pétrole, principalement dû à une diminution de la production, a un effet modérateur sur l’économie au global et donc sur la demande et les débouchés du cuivre.

LES MATIÈRES PREMIÈRES AGRICOLES : DES RÉCOLTES ABONDANTES

Récolte record de café en perspective cette année pour le Brésil d’après l’agence national de prévision Conab. La récolte de 2017 ne s’était élevée qu’à 44,97 millions de sacs de 60 kilos mais les prévisions de l’institut pour 2018 tablent sur 58,04 millions (44,33 millions d’Arabica et 13,71 de Robusta). Certains opérateurs sur le marché du café vont même jusqu’à parler d’une production de 60 millions. L’attente de cette « récolte record » est la principale raison pour laquelle le prix du café Arabica est sous pression depuis l’été dernier et a chuté en avril à son plus bas niveau depuis deux ans sans vraiment réussir à ce jour à se relever de ce niveau plancher. Le faible cours du café rend mécaniquement sa culture moins attrayante et d’après la Conab, la loi de l’offre et de la demande devrait naturellement amener le Brésil à voir sa culture d’Arabica baisser permettant au cours de se reprendre. Au Ghana, la récolte de cacao est au beau fixe et absorbée par des débouchés croissants. Les achats de cacao par le Cocobod (agence nationale de commercialisation du cacao au Ghana) auprès des sociétés de négoce agréées pour le compte de la saison 2017/2018, ont ainsi atteint 700 000 tonnes au début du mois de mai.

D’après un article issu de la recherche Commerzbank Research

Article tiré du magazine Strike 192 / Juin 2018

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