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Comme un canari dans la mine de charbon

Dans la bataille actuelle que se livrent les investisseurs haussiers, appelés traditionnellement les « Bulls » (taureaux en anglais) et les investisseurs baissiers, appelés «Bears » (ours en anglais), les premiers nommés semblent prendre encore l’avantage sur les seconds mais
pour combien de temps…
Les « Bulls » ont pu saluer le fait que Siemens et Infineon ont annoncé les premières hausses de dividendes des entreprises du DAX pour l’exercice 2017. Et le consensus des analystes prévoit que 24 entreprises du DAX (sur les 30 qui composent l’indice des valeurs vedettes allemandes) vont suivre leur exemple ! Les « Bulls » peuvent aussi apprécier l’annonce faite par Allianz d’un nouveau programme de rachat d’actions pour un montant de 2 milliards d’euros… Et que six autres entreprises ont déjà fait de même au cours des derniers trimestres : Adidas, Allianz, Deutsche Boerse, Munich Re, SAP et Siemens.
Et puis la volatilité est si faible… Souvenez-vous, les marchés actions avaient été très volatils en 2015 et 2016. L’indice de volatilité sur le DAX avait clôturé 75 jours de bourse au-dessus de 25% et 71 jours de bourse en 2016. Les investisseurs qui avaient réduit leur exposition aux marchés des actions ou acheté des protections durant ces pics de volatilités (incertitude de croissance en Chine, krach pétrolier, Brexit ou élection de Trump) en ont fait l’expérience… Douloureuse !
Résultat, la plupart des investisseurs ont décidé de ne plus réduire leur exposition aux marchés des actions ou d’éviter d’acheter des positions de couvertures quels que soient les facteurs de risque imminents. Cette complaisance envers les marchés, comme si, hypothèse improbable, les investisseurs étaient aujourd’hui immunisés contre les risques, a entraîné une baisse très nette de volatilité. Le VDAX New n’a pas clôturé une seule fois au-dessus des 25% en 2017 (graphique ci-dessous).

Quand donc cette période de volatilité incroyablement faible prendra-t-elle fin ?
De nombreux investisseurs pensent qu’une hausse à court terme des rendements obligataires pourrait servir de catalyseur. Une tension sur les taux pourrait sonner la fin de la récréation. Dans ce contexte, les baissiers n’ont pas dit leur dernier mot. Ils mettent en avant les récentes turbulences sur le marché américain des «junk bonds»(1) comme un canari dans la mine (de volatilité) de charbon(2).

Thibaud Renoult

(1) Littéralement : obligations poubelles (obligations à haut rendement très risquées) . (2) De l’anglais « Canary in the coal mine ». Expression des mineurs anglais utilisant des canaris pour se prémunir des fuites de gaz dans les mines de charbon. Les fuites de gaz tuant d’abord les canaris, les mineurs s’en servaient comme signal pour lancer l’évacuation urgente des lieux.

Article tiré du magazine Strike 186 / Décembre 2017

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