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L’Allemagne ne gagne pas toujours

Le chiffre était attendu par la communauté financière. Concentrés sur leurs écrans, les investisseurs ont perçu un grand soulagement à la publication positive (0.1%) de la croissance allemande du Produit Intérieur Brut au troisième trimestre. Après une arithmétique négative au printemps (-0.2%), un deuxième trimestre consécutif aurait placé l’Allemagne en récession technique définie par les économistes comme deux trimestres consécutifs de contraction de l’activité. Même si entre -0.1% et 0.1% la dynamique économique reste faible, c’est une histoire d’ordre sémantique. Il n’empêche que la faiblesse conjoncturelle affichée par Berlin pousse la zone euro vers le bas avec une croissance limitée à 0.2% pour les 19 Etats membres, sur la même période de référence.
La puissance industrielle et l’ouverture à l’international ont longtemps constitué les forces de l’Allemagne, lui ayant permis de générer des forts excédents. Ces forces peuvent se transformer en faiblesse lors d’un retournement de la composante cyclique, expliquant ainsi une partie des déboires actuels de l’activité industrielle germanique.
Le secteur de l’automobile, représentant une part prépondérante de l’économie nationale (20%) a subi de plein fouet la baisse mondiale des immatriculations. En effet, en Chine ou en Inde, la classe moyenne émergente a ralenti ses achats, impactant les exportateurs principaux comme l’Allemagne. De plus, de l’autre côté de l’Atlantique, les marques allemandes se situent dans le collimateur de l’administration américaine. Les menaces arrivent de tout bord.
La demande domestique, malgré l’étonnante modération salariale dans une économie en plein emploi (taux de chômage à 3.1%,), a constitué le pilier de la croissance nationale. Néanmoins, les ménages affectent une forte propension de leurs ressources à l’immobilier. Le secteur a progressé en moyenne de 65% sur la dernière décennie contre une stabilisation dans les années 2000.
De son côté, le secteur bancaire se trouve fragilisé par une masse d’engagements douteux à l’image des écueils de la Deutsche Bank. L’ancien fleuron de la finance allemande vient de publier un nouveau déficit de 859 millions d’euros au dernier trimestre. L’établissement se dirige vers une perte annuelle de plus de 4 milliards d’euros.
Le modèle allemand toussote alors que son voisin français sourit. Dans ce contexte économique international instable, la faible expansion de l’Allemagne aura permis de mettre en exergue le résultat honorable et encourageant de l’économie française (1.3% espéré pour 2019). Certes, cette dernière se trouve poussée par quelques stimulants budgétaires auxquels Berlin se veut encore réfractaire.

Patrick Rejaunier

Article tiré du magazine Strike 208 / Décembre 2019

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