L'analyse

L’Argentine, la crise récurrente

La crise en Argentine, c’est malheureusement comme un refrain. Sur les trente dernières années, huit défauts de paiement ont marqué l’histoire du pays. La 3ème puissance, en termes de PIB, du continent sud-américain a basculé dans un nouveau cycle de crise à partir de 2015, année au cours de laquelle, le nouveau Président de l’époque opte pour une dépréciation du peso argentin pour relancer la compétitivité.
L’effet escompté n’a pas eu lieu, en pensant doper l’économie, Mauricio Macri a au contraire généré une forte hausse de l’inflation (50%) et une augmentation exponentielle du déficit. La dette extérieure a connu un doublement sur 2017, passant de 17 à 34 milliards de dollars, pour atteindre aujourd’hui les 100 milliards.
Il fallait donc s’en remettre à l’aide du FMI qui apporte, par intermittence, un soutien à Buenos Aires, le protectionnisme effréné début des années 2000 ayant lourdement aggravé les relations avec son principal créancier. En 2018, l’institution financière dirigée par Christine Lagarde accorde tout de même un prêt historique de 57 milliards de dollars. En contrepartie, le pays se devait d’appliquer toute une batterie de mesures d’austérité poussant un tiers de la population dans la paupérisation, l’inflation galopante détruisant sans cesse du pouvoir d’achat.
La crise s’est accélérée l’été dernier lorsque l’Argentine a demandé de rééchelonner sa dette, officialisant de ce fait un nouveau défaut de paiement. Les conséquences sur le peso furent désastreuses avec une chute violente, obligeant le gouvernement à revenir au contrôle des changes, pour freiner les sorties de capitaux. Sur le marché des actions, le Merval, indice national, qui a gagné pourtant plus de 230% en monnaie locale depuis début 2015 voit sa performance fondre (-10%) pour un investisseur en dollar.
Les scores reflètent indirectement la perte de confiance de la devise argentine depuis l’explosion de l’endettement public. Largement contesté par le peuple, le Président actuel ne devrait pas été réélu lors des prochaines élections de fin octobre. Le marché l’a déjà acté avec un écroulement de la bourse (-30%) au lendemain des primaires du mois d’août.
En tout état de cause, pour se relever, il faudra à nouveau redonner de la brillance aux industries nationales et surtout construire la confiance qui permettra au pays d’avoir accès au marché mondial du crédit afin de financer de manière plus « orthodoxe » sa dette. Un monumental challenge pour le prochain parti au pouvoir.
Patrick Rejaunier

 

 

 

Article tiré du magazine Strike 206 / octobre 2019

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