L'analyse

Le Brésil : entre prudence et espoir

Cinquième pays par sa superficie et sa population, le Brésil reste bien installé dans le top 10 des économies mondiales. Pourtant, quand on regarde le pays sud-américain, on voit un cycle de croissance caractérisé par des cassures. La fin de cycle ininterrompu de la croissance trouve un blocage en 2015 avec deux années de récession violente pour repasser dans le vert en 2017 mais d’une manière insuffisante pour rattraper le déficit de croissance.

En effet, la nation ne se relève que très lentement de la sévère crise de 2015 et 2016. Le pays a vécu un véritable traumatisme avec un recul du PIB respectivement de 3.8% et 3.6%. Cette crise économique avait par ailleurs entraîné une crise politique avec la destitution de Dima Rousseff en 2016. On est loin de la décennie florissante des années 2000 où le taux de croissance avoisinait les 4/5%, avec un pic en 2010 à 7.5%, portée majoritairement par des mesures généreuses de distribution des revenus, politique aidée par l’envolée des matières premières (agricoles et métaux de base), pan de l’économie qui représente plus 60% des exportations.

D’après le FMI, le Brésil pourrait connaître une avancée de 1.4% de son PIB, mais les difficultés résident dans le déficit dont la dette atteint 80% de la richesse nationale. C’est sur ce point majeur que la bourse a fait de Jair Bolsonaro son favori pour les élections présidentielles, car le candidat place ses efforts sur l’intensification des mesures d’austérité contrairement à son opposant Fernando Haddad, émanation de l’ancien président corrompu Lula, qui veut mener une politique plus sociale afin de satisfaire les besoins du pays.

Le Brésil sort donc d’une campagne électorale dominée principalement par les thèmes de la corruption, de la sécurité, des privatisations et de l’environnement.

La bourse s’est manifestée positivement pour Bolsonaro avec une hausse significative de 16% sur le dernier mois glissant. Les investisseurs n’ont, d’ailleurs, jamais réellement délaissé les actions brésiliennes, si l’on analyse l’avancée de l’Ibovespa qui engrange sa troisième année de hausse consécutive avec un doublement des valorisations. Les cambistes ont également réagi de la même manière sur la devise depuis quelques semaines, le real ayant récupéré plus de 4% de sa forte chute depuis le début 2018 (-20%).

De plus, avec le vieillissement de la population, le dossier du financement des retraites reste patent. Là encore, l’opposition est manifeste. Le favori des investisseurs, le « Trump Brésilien », propose un programme crédible pour les financiers, centré sur le désendettement national grâce à une réduction du déficit, une réforme des retraites et un retour aux privatisations auxquels se rajoute la lutte contre la corruption, alors que pour le candidat du parti des travailleurs, il ne faut rien modifier en profondeur, le retour de la croissance suffira pour la durabilité du système actuel.

L’attitude positive des marchés pourrait trouver un terrain à réflexion lorsque sera abordée la capacité de mettre en place le programme, car le futur President devra constituer, à l’intérieur du Parlement, une coalition stable.

La Société Brésilienne aspire à plus de transparence, plus de régulation, pouvant former un socle pour une croissance durable et moins chaotique.

Patrick Rejaunier

Article tiré du magazine Strike 196 / Novembre 2018

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