La Bourse de Paris en porte la marque : elle a oscillé au gré des annonces autour du détroit d’Ormuz et des frappes visant des infrastructures énergétiques au Moyen-Orient. Le CAC 40 cède plus de 10 % depuis son record du mois dernier à 8 620 points, après une séquence de volatilité extrême où il a enchaîné trois semaines de baisse et plusieurs rebonds « techniques » avortés.
Le rebond de début de semaine n’a pas suffi à effacer la tendance, malgré l’épisode de soulagement déclenché par le report, par Washington, de frappes contre des centrales iraniennes. À Wall Street, le S&P 500 cède encore près de 5 % sur trente jours, le Nasdaq autour de 6 %. Les marchés américains limitent néanmoins les dégâts, par rapport aux places européennes et asiatiques. L’indépendance énergétique des États-Unis permet en effet d’atténuer les impacts économiques du conflit.
Le fait majeur de la période reste la guerre au Moyen-Orient et sa matérialisation sur l’offre physique : un détroit d’Ormuz paralysé, des installations endommagées dans les pays du Golfe, et des flux pétroliers/gaziers durablement perturbés. Les marchés se calibrent désormais sur une prime de risque énergétique structurelle. Le Brent oscille autour des 100 dollars (après un pic à 119 dollars), avec des amplitudes intraday à deux chiffres dès qu’une inflexion diplomatique est évoquée puis démentie.
Les analystes estiment qu’entre 7 et 10 millions de barils par jour manquent à l’appel. En effet, non seulement les exportations par le détroit d’Ormuz sont à l’arrêt, mais plusieurs sites ont été endommagés, quand d’autres ont simplement stoppé leur production, faute de capacité de stockage. La libération d’un tiers des stocks stratégiques des États membres de l’AIE (soit 400 millions de barils) ne suffira pas à compenser cette perte. L’équilibre sur le marché pétrolier est une affaire de flux, pas de stocks.
Cette tension sur l’énergie a parallèlement ravivé les anticipations d’inflation et, mécaniquement, la pression sur les taux longs : l’OAT 10 ans a touché ses plus hauts depuis 2009 autour de 3,8 %, le Bund à 10 ans flirte avec 3 %, tandis que le 10 ans américain évolue au-delà de 4,3 %.
Dans ce contexte, les banques centrales ont clairement changé de posture : la Fed et la BCE ont laissé leurs taux inchangés mais, pour les investisseurs, c’est un vrai pivot hawkish. Fini les baisses de taux en 2026, on se prépare désormais à des hausses. Les marchés en attendent plusieurs pour la BCE et la Banque d’Angleterre. Du côté de la Fed, les anticipations varient entre statu quo et une hausse de taux cette année.
Pour les marchés, la suite dépendra beaucoup de l’évolution du conflit au Moyen-Orient ; chaque jour qui passe ne faisant qu’accroître le coût pour l’économie mondiale. La géopolitique devrait donc rester au centre de l’attention dans les prochaines semaines, en attendant le début de la prochaine saison des résultats, qui commencera mi-avril.
Sur un mois glissant, les écarts sectoriels ont été particulièrement importants : énergie et parapétrolier portés par le baril, transports et aérien pénalisés par le carburant, foncières sous pression avec la hausse des taux, exportateurs sensibles au billet vert, et le luxe en queue de peloton. Parmi les composantes du CAC 40, Total gagne ainsi 14,6 %, Euronext 2,8 %. À l’opposé, Pernod Ricard cède 24,8 %, ArcelorMittal 21,2 %, Hermès 21 %, Saint Gobain 20,6 %, EssilorLuxottica 17,9 %, LVMH 17,8 % et Safran 17,4 %.
D’un point de vue technique, la dynamique s’est dégradée. En données hebdomadaires, le CAC 40 se maintient pour le moment au sein du range 7 536/8 580 points, revenant tester la borne basse. À plus court terme, la tendance est baissière sous les 8 057 points, niveau correspondant à la moyenne mobile à 20 jours. La zone des 7 536 points devra engendrer une réaction positive sous peine d’une consolidation de plus forte ampleur en direction des 7 400/7 285 points. Un retour dans cette zone de cours pourrait néanmoins constituer une opportunité de revenir à l’achat dans une optique moyen terme.
Laurent Polsinelli
Responsable indices et produits dérivés
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