L'analyse

Le palladium : Avance plein pot

Le palladium, de la famille des platinoïdes, se définit comme un métal noble qui résiste à la corrosion et à l’oxydation. Dans cette catégorie, ils sont un nombre restreint dont les métaux précieux comme l’or, l’argent et le platine. Décelé par un chimiste anglais, le métal doit son nom à la découverte de l’astéroïde Pallas, datant de la même période du début du 19 siècle.
Ce métal de transition est très utilisé pour la fabrication de pots catalytiques mais aussi en bijouterie et horlogerie. Il remplace parfois le platine dans le domaine de la chimie. Longtemps resté dans l’anonymat des métaux précieux et possédant un marché plus étroit que ses pairs, le métal blanc a acquis ses lettres de noblesse malgré lui avec la crise du diesel. En effet, 60% de sa production demeure dédiée à la fabrication des pots catalytiques pour véhicules à essence. Son application permet d’accélérer la transformation des produits toxiques issus de la combustion du carburant en composants moins nocifs.

Les ventes de véhicules à essence et hybrides, en Europe, devancent celles des motorisations diesels. Ce dernier segment a reculé de 3.8% en 2017 contre une hausse de 10% pour les moteurs à essence. Devant cet inversement de tendance, le palladium a connu un parcours haussier dynamique depuis deux ans : 22% de performance en 2016, mouvement haussier dupliqué en 2017 avec 57% d’augmentation, le métal blanc fait cavalier seul dans le compartiment des matières premières. Avec un tel rythme de progression, l’or perd beaucoup de sa brillance et l’argent reste durablement en berne.

Le platine apparait également comme le grand perdant. Ce métal consacré pour moitié de sa production aux pots catalytiques, mais cette fois-ci pour les moteurs diesels, voit sa trajectoire totalement divergente. Depuis 20 mois, l’érosion des prix approche les 16%, fluctuation contrastée face à la performance de son « cousin » le palladium. Ces tendances croisées trouvent un autre appui grâce à l’expansion des ventes de véhicules aux Etats-Unis et en Chine, deux marchés auxquels le palladium demeure exposé.

Les cours reviennent donc à proximité des 1000 USD l’once, niveau que ce même métal avait déjà atteint en 2001 suite à des livraisons plus ou moins erratiques des russes qui fournissaient déjà les deux tiers du marché mondial. Les grossistes doivent s’adapter à ce marché restreint pour s’approvisionner car les stocks de palladium diminueront encore sur 2018, pour la septième année consécutive, selon les experts de « Metals Focus ». L’offre souvent excédentaire depuis 15 ans, car les russes avaient d’importants stocks à écouler suite à la guerre froide, trouve aujourd’hui, en contrepartie, une demande plus soutenue.

Le parent pauvre des platinoïdes tient donc son heure de gloire, profitant de l’évolution structurelle du marché des véhicules à énergie fossile. Evolution qui va connaître une autre mutation profonde avec l’essor des véhicules exclusivement électriques et qui pourrait constituer un facteur freinant dans la demande mondiale, à moins qu’on lui trouve, d’ici-là, une autre destinée industrielle.

Patrick Rejaunier

Article tiré du magazine Strike 193 / Juillet-Août 2018

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