Édito

L’économie résiste-t-elle à la nervosité sur les marchés ?

La hausse des taux d’intérêt aux États-Unis, les tensions sur les négociations sur le Brexit et le budget italien ne sont que quelques exemples des éléments qui stressent les investisseurs aujourd’hui. Malgré tout, l’économie devrait tenir le coup. Les économistes de Commerzbank ont même relevé leurs prévisions de croissance aux États-Unis car les probabilités d’un atterrissage brutal de l’économie américaine et d’un décrochage de la Chine sont faibles.

Les investisseurs ont tous cette crainte à l’esprit : un effondrement de l’économie américaine. Nos analystes n’y croient pas, à court terme. Ils ont même légèrement relevé leurs prévisions de croissance de 2,8% à 2,9% pour 2018 et de 2,3% à 2,5% pour 2019. L’économie américaine a enregistré de meilleurs résultats que prévu au troisième trimestre et les indicateurs mensuels suggèrent une croissance annualisée d’au moins 3% par rapport au deuxième trimestre, après 4.3 % déjà au deuxième trimestre…

Le fait que l’économie américaine se porte si bien actuellement est dû à la politique budgétaire particulièrement expansionniste du gouvernement américain : réduction des impôts des entreprises et des particuliers et augmentation des dépenses ! Cette relance budgétaire faiblira au cours de l’année prochaine et c’est pour cette raison que la croissance en 2019 (2,5%) sera plus mesurée que cette année (2,9%).

Qui dit normalisation ne dit pas pour autant récession. Les déclencheurs typiques de cette dernière ne sont pas encore réunis :

Il n’y a pas de politique monétaire restrictive : depuis décembre 2015, la Réserve fédérale américaine a relevé ses taux à 8 reprises, certes, mais n’a pas encore, de son point de vue, atteint un niveau qu’elle pourrait qualifier de neutre… La politique monétaire américaine est donc, par définition, toujours expansionniste.

Et la structure des taux d’intérêt ne le contredit pas. Contrairement à ce qu’il est coutume d’entendre, une courbe des taux « plate » ne signifie pas forcément une politique restrictive (des taux courts qui rattraperaient les taux longs) mais est ici un cas particulier : la conséquence des achats massifs de la Réserve fédérale américaine sur les longues maturités (pression acheteuse contribuant à une baisse des taux long).

Quasiment pas d’inflation : alors que la forte inflation des années 1970 et 1980 obligeait souvent la Fed à fermer le robinet monétaire brusquement, déclenchant ainsi une récession, l’inflation américaine est même plutôt faible aujourd’hui.

Pas de bulles spéculatives : bien que l’endettement des entreprises et des ménages ait augmenté un peu plus rapidement que le PIB ces dernières années, rien ne laisse présager une bulle de l’endettement. Il n’y a pas encore de bulle dans les prix de l’immobilier même si les prix des logements ont augmenté plus rapidement que les loyers au cours des cinq dernières années, ce qui pourrait inciter la Fed à augmenter ses taux directeurs plus rapidement.

Nos analystes attendent une nouvelle hausse des taux cette année et à trois étapes en 2019 (auparavant : deux)… Mais pas de récession.

Thibaud Renoult

Article tiré du magazine Strike 196 / Novembre 2018

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