Dossier

Les adages boursiers

Croyances populaires, bon sens éprouvé, outils pour apprivoiser son stress, sagesse du boursicoteur expérimenté, citations pittoresques, mémoire collective… Les adages boursiers sont nombreux, leurs objectifs variés et leur bien fondé parfois discutable mais chaque investisseur pourra se retrouver à la lecture de ce tour d’horizon des proverbes boursiers les plus populaires.

Catégorie bon sens !

Les arbres ne montent pas jusqu’au ciel, la Bourse est faite du même bois
La première partie de ce dicton est bien connue, un peu moins la deuxième au grand dam de certaines décisions de gestion malheureuses… S’il parait évident à tête reposée que la hausse d’un titre ne peut être éternelle et « grimper jusqu’au ciel », il est parfois plus difficile dans l’euphorie d’un investissement gagnant de savoir prendre ses profits et ne pas pécher par excès de gourmandise ! Comme le disait James de Rothschild, « J’ai fait fortune en vendant toujours un peu trop tôt ».

Il vaut mieux se couper la main tout de suite que le bras plus tard
Si personne n’investit en Bourse avec l’intention d’y laisser ses billes, il est tout de même nécessaire d’envisager ce scénario et se fixer quelques règles à respecter le cas échéant. Ainsi cet adage illustre la sagesse de savoir couper une perte modérée plutôt que de la laisser se creuser dans l’espoir d’un éventuel retournement de tendance. Libre donc à chacun de définir le niveau de perte qu’il est prêt à endosser… Et de s’y tenir !

Tant qu’on n’a pas vendu, on n’a pas perdu
Contrairement aux deux premiers dictons qui mettent en garde contre de dangereux biais psychologiques, celui-ci en renforce un ! En différenciant les pertes matérialisées des pertes théoriques, ce proverbe peut consoler les perdants mais encourage aussi les investisseurs à négliger leurs positions perdantes en attendant indéfiniment une reprise qui pourrait aussi bien ne jamais arriver. Attention donc à l’excès de confiance que certains adages pourraient engendrer.

Ne pas mettre tous ses oeufs dans le même panier
Valable dans bien des domaines, cette métaphore fermière prône les vertus de la diversification et met en garde les boursicoteurs qui seraient tentés de tout investir sur un seul titre. En Bourse, la diversification est une des règles fondamentales pour investir en minimisant ses risques, les différentes classes d’actifs n’étant pas parfaitement corrélés les unes aux autres.

Catégorie « market timing »(1)

Il faut acheter au son du canon et vendre au son du violon
Vieil adage boursier reprenant les terminologies du champ de bataille, sa signification est sans équivoque. Ainsi, il faudrait acheter lorsque la situation est menaçante, la valeur de l’action accablée par les mauvaises nouvelles aura alors une valorisation intéressante, et vendre quand l’horizon s’éclaircit et que le potentiel de hausse est déjà bien entamé. Suivant cette logique, il ne reste donc plus qu’à déterminer quand le marché sonne le canon et fait résonner le violon.

Mieux vaut avoir tort avec le marché que raison tout seul
Si la majorité des acteurs du marché pense qu’un titre va monter, ils l’achèteront et le titre montera. Même logique pour la baisse. Partant de ce principe, il sera très difficile de tirer son épingle du jeu en adoptant une position contraire à une tendance de marché forte. C’est alors peut-être plus du côté des événements à venir et de leurs répercussions sur l’opinion générale qu’il faudra alors se tourner.

Acheter la rumeur et vendre la nouvelle
Derrière ce dicton on retrouve l’idée selon laquelle les marchés financiers ne représentent pas uniquement les fondamentaux sur un titre à un moment donné mais aussi les anticipations, beaucoup plus suggestives parfois, des investisseurs sur la valeur. Ainsi, c’est la rumeur qui aura tendance à influencer la variation du titre et non l’officialisation de la nouvelle car celle-ci sera déjà anticipée dans le cours de bourse. Il serait donc intéressant d’acheter quand une rumeur positive enfle et de vendre lorsque la nouvelle se confirme.

Sell in May and go away
Croyance populaire selon laquelle les marchés financiers stagnent, voir régressent, à partir de mai, elle encourage les investisseurs à se détourner quelques temps de leurs investissements financiers… Mais jusqu’à quand ? Le dicton entier à la City serait « Sell in May and go away, and buy back on the Derby day », le Derby Day étant une course équestre du premier samedi de juin. Un bon prétexte donc pour profiter des ponts de mai l’esprit léger…

As January goes, so goes the year
Dicton américain selon lequel il suffirait de regarder la tendance des marchés financiers en janvier pour effectuer une prévision fiable sur l’issue de l’année entière. Vous avez dit trop beau pour être vrai ? S’il peut paraître simpliste, cet adage se base sur la richesse comptable du premier mois de l’année. Janvier étant le mois où se bouclent les comptes de l’année précédente, les premières indications qui filtrent pourraient permettre de connaître, avec un peu d’avance, la vitalité de l’activité.

Catégorie « money management »(2)

Ne jamais tomber amoureux de ses actions
La Bourse et les bons sentiments ne feraient-ils pas bon ménage ? C’est ce que semble vouloir nous dire ce proverbe. Ainsi, un bel historique avec une valeur ne doit pas laisser à penser que la romance durera toujours… Sous peine d’un réveil difficile. Plus globalement, cela illustre la nécessité d’être le plus objectif possible et de faire preuve de sang-froid quand il s’agit d’investir ses économies.

Coupez rapidement vos pertes et laissez courir vos gains
Si un investisseur averti doit savoir prendre ses gains au « bon moment », il est tout aussi crucial de ne pas creuser ses pertes. Ce dicton pourrait ainsi être à la base de tout money-management ou plan de trading, quelque soit le profil d’investisseurs. En effet, il est courant de voir des boursicoteurs trop pressés de prendre leurs gains sans se laisser la chance de profiter suffisamment d’une tendance haussière alors qu’ils auront à l’inverse la tentation de laisser leurs pertes se creuser, refusant leur matérialisation dans l’espoir, parfois vain, d’un retournement de tendance.

On n’essaie pas d’attraper un couteau qui tombe
Quel trader n’a jamais eu la tentation d’acheter une valeur qui a décoté en se persuadant qu’elle ne pourra pas tomber plus bas ? Les bonnes raisons peuvent sembler nombreuses : le titre va revenir « à la normale », ça serait dommage de ne pas profiter de cette décote… Ces biais psychologiques peuvent alors venir fausser une analyse objective des causes de la chute de la valeur et ainsi pousser à faire les mauvais choix d’investissement. C’est en tout cas ce que dénonce cet adage mettant en garde les boursicoteurs sur les dangers d’attraper un couteau qui tombe.

(1) « moment de marché » : traduction littéral caractérisant le moment où l’on prend ou l’on ressort d’une position de marché
(2) « gestion de position (de portefeuille financier) » : caractérise la mise en place de stratégie d’achat, de vente, de moyenne à la baisse ou de couverture de position de marché dans une logique de portefeuille boursier.

Article tiré du magazine Strike 196 / Novembre 2018

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