L’ANALYSE

Les Sept Magnifiques ne sont plus que Cinq

Le marché adore se fabriquer des symboles ; depuis quelques trimestres, on a droit aux « Sept Magnifiques » qui sont les sociétés motrices de la cote américaine… et notre sujet du jour sur lequel je reviendrai un peu plus loin. Auparavant, le cercle était plus restreint, on parlait des GAFA (Google, Amazon, Facebook, Apple) ou des GAFAM (Microsoft en plus). En France, on a eu droit aux KHOL (Kering, Hermès, L’Oréal, LVMH). En Europe, Goldman Sachs avait trouvé « GRANOLAS » pour définir, en 2020, des valeurs très dynamiques. En l’occurrence GSK, Roche, ASML, Nestlé, Novo Nordisk, Novartis, L’Oréal, LVMH, AstraZeneca, SAP et Sanofi. Vous aurez noté qu’en réalité, c’est « GRANNNOLASS »… mais c’est assez bien trouvé. En tout cas si vous êtes au courant que granola a une signification particulière : à la fois spécialité croustillante américaine à base de graines et surnom donné aux hippies qui en étaient friands. C’est aussi une marque de biscuits, mais je m’égare.

Les Sept Magnifiques sont les valeurs technologiques qui suscitent le plus de désir auprès des investisseurs. Il s’agit de Microsoft, Apple, Nvidia, Alphabet, Amazon, Meta et Tesla. Elles tirent leur légitimité de l’apport considérable qu’elles ont eu sur les indices américains au cours de l’année 2023. Certaines d’entre elles, vous le savez, ont aussi largement contribué à faire de la décennie précédente un eldorado de l’investissement. Mais depuis le début de l’année 2024, nos Sept Magnifiques ne sont plus que Cinq, car deux des dossiers traversent une passe plus délicate.

Le statut de Magnifique de Nvidia a peu de chance d’être remis en cause au 1er trimestre : à l’heure où ces lignes sont écrites, c’est-à-dire précisément le jour du printemps, le roi de la carte graphique a déjà gagné 82 % en 2024. Le retour en grâce de Meta Platforms lui assure de son côté 43 % de hausse. Amazon et Microsoft affichent respectivement 17 et 15 % de gains. C’est moins flamboyant, mais ça reste honnête du côté d’Alphabet (+6 %). En revanche, Apple (-7 %) et Tesla (-29 %) manquent clairement de magnificence. La raison, c’est que leur histoire est un peu abimée, mais pas pour les mêmes raisons. Tesla a vu son avance dans le véhicule électrique fondre. Pendant que le monde se focalisait sur la réplique des constructeurs traditionnels, ce sont les acteurs chinois qui ont envahi le marché. À cela est venue s’ajouter une guerre des prix initiée par… Tesla. Juste au moment où l’engouement pour le véhicule électrique (VE) s’étiole. Ces trois facteurs ont fait rentrer le trublion de l’automobile dans le rang. Reste à savoir si c’est temporaire ou définitif. Pour Apple, la méforme s’explique aussi par une conjonction de facteurs. Le groupe semble avoir pris du retard dans l’intelligence artificielle et a définitivement enterré son coûteux programme de développement d’un VE. Dans le même temps, Apple se retrouve un peu assiégé par les autorités antitrust qui lui reprochent d’abuser de son système fermé. Tenez-vous prêt(e)s, si les choses s’enracinent, il faudra peut-être réfléchir à un nouveau nom…

Patrick Rejaunier
© 2024 zonebourse.com, 20 mars 2024

Les données relatives aux performances passées ont trait à des périodes passées et ne sont pas un indicateur fiable des résultats futurs. ceci est valable également pour ce qui est des données historiques de marché.

PATRICK REJAUNIER

«  Depuis le début de l’année 2024, nos Sept Magnifiques ne sont plus que Cinq, car deux des dossiers traversent une passe plus délicate. »

CHIFFRES CLÉS

Référence en date du 20/03/2024

40 %

C’est le pourcentage parmi les 226 gestionnaires de fonds (représentant 572 milliards d’actifs sous gestion) interrogés pour un sondage de Bank of America qui considèrent que l’IA est une bulle financière.

Source : Morningstar

17 ans

C’est le nombre d’années depuis lesquelles la banque centrale japonaise (BoJ) n’avait pas relevé ses taux directeurs. Négatifs depuis 2016, les taux à courts termes de la BoJ viennent de repasser dans le vert.

Source : Market Map

8 200 pts

C’est le niveau record atteint par le CAC 40 le 19 mars 2024 alors même que l’on venait tout juste de franchir les 8 000 points le 7 mars dernier. Le CAC continue de pulvériser ses records, si bien que l’on parle déjà du cap des 9 000 points d’ici la fin de l’année.

Source : Market Map et Investir