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L’hégémonie mondiale comme enjeu

Forte thématique de l’année qui vient de s’écouler, la nouvelle norme 5G constituera incontestablement sur 2020 un chapitre à reliefs. Certes si l’on se borne à la France, il faudra attendre 2030 pour connaître une couverture nationale complète, mais les enjeux géopolitiques sont déjà très marqués.
Avec la 5G, le monde rentre dans la 5ème génération. Que de chemin parcouru depuis la première génération analogique des années 1970 ou encore de la 2G, symbolisée par la voix. La 3G, caractérisée par l’apparition de la data, se trouve déjà reléguée à la préhistoire tout comme bientôt la 4G, apportant essentiellement de la rapidité dans les transmissions.
La 5G caractérise le temps réel et l’instantané, procédé indispensable pour le fonctionnement des voitures autonomes, tout comme en médecine pour l’acte opératoire à distance. Son avènement est présenté comme une technologie menant à un nouveau cycle d’automatisation massive, le monde passant de la connexion entre les individus à la connexion entre les choses.
Cette rupture technologique constitue les racines des tensions géopolitiques entre les américains et les chinois. L’économie va basculer sur la 5G et si l’on part du postulat que la contrôler c’est contrôler le monde, on peut donc expliquer l’attitude des américains qui veulent bloquer la suprématie chinoise dans ce domaine et notamment celle du fabricant de téléphones et équipementier Huawei.
Les Etats-Unis ont largement dominé les innovations du numérique et de l’internet depuis vingt ans avec l’émergence des mastodontes comme les GAFAM. Cette suprématie a trouvé un point d’achoppement dans le domaine de la 5G, compartiment où Huawei se positionne avec un temps d’avance, tout en fournissant des installations à des coûts attractifs.
En possédant une quarantaine de laboratoires à la mesure de ses ambitions, le fleuron des télécoms chinois s’appuie sur une véritable armée de 50 000 chercheurs à Shenzhen afin de déployer la nouvelle technologie, créneau sur lequel il s’impose comme un champion.
Les américains reprochent à Huawei d’avoir des liens étroits avec le gouvernement chinois et qu’il deviendrait dangereux de lui confier les infrastructures d’une importance cruciale. Le fait que le patron de la compagnie asiatique émane de l’armée chinoise et qu’il appartienne encore au parti communiste depuis 1978 génère la défiance.
Si Washington se défend avec des formes plus ou moins contestables, l’Europe paraît en dehors de la partie et ne parvient pas à s’organiser pour faire front à cette domination technologique. Ses 150 réseaux téléphoniques continentaux pour seulement 4 sur le territoire outre-Atlantique prouvent que le Vieux Continent se situe encore loin dans l’unification.
La Chine était connue pour son atelier mondial, elle est en passe de devenir le laboratoire planétaire. Pas de quoi réduire les risques d’une persistante guerre froide entre les deux puissances qui bataillent pour la position de leader mondial.

Patrick Rejaunier

Article tiré du magazine Strike 209 / janvier 2020

 

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