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Palladium : propulsé sur les sommets en toute discrétion

Loin des projecteurs qui avaient fait briller de manière évanescente les crypto-monnaies, loin aussi de la notoriété de son collatéral doré, le palladium effectue en toute discrétion un parcours sans faille.

Pas de folie à la spéculation, pas de vidéos qui vantent les mérites de ce placement original afin d’y réaliser des plus-values substantielles, ce métal noble a donc tout pour continuer son extension graphique dans l’ombre des supports plus médiatisés.

Cette ascension ne date pas d’hier puisque la progression des cours trouve racine en 2016, faisant de l’exercice 2019 la quatrième année de hausse consécutive, en distançant toutes les autres matières premières. Les investisseurs monnayent aujourd’hui 1600 USD pour acheter une once. A ce prix, le palladium dépasse largement l’or (1310 USD).

Cette configuration exceptionnelle n’est pas une première pour ce métal rare. En effet, dans les années 2000, le prix gonfla de 200 USD l’once à plus de 1000 USD. A l’époque, le palladium trouve de nouveaux débouchés (automobile, télécoms) et certains producteurs comme Ford n’hésitent pas à faire des stocks conséquents, ce qui déstabilise le marché. Feu de paille pour le palladium qui retomba en quelques mois sur ses cours initiaux, après qu’un alliage en argent viennent remplacer le métal gris pour la fabrication des mobiles.

Extrait principalement en Sibérie ainsi qu’en Afrique du Sud, son attractivité s’est retrouvée décuplée depuis 4 ans car il rentre dans la composition des pots catalytiques des voitures à essence dont la part de marché s’intensifie. En Europe, la mise en place de normes antipollution plus strictes dans l’automobile (WLTP) bouleverse la demande en palladium qui atteint un pic, au détriment du platine, nécessaire aux filtres des moteurs diesels.

Avant de réussir le tout électrique, l’industrie automobile abandonne le diesel pour revenir à des véhicules respectant davantage l’environnement. Le marché physique du métal argenté reste par conséquent tendu malgré la liquidité des fonds indiciels et les stocks en surface.

L’euphorie ne doit pas faire oublier la fragilité de cette montée des prix, conditionnée par une faible élasticité de l’offre couplée à une spéculation, même réduite soit-elle. La configuration dynamique pourrait trouver un blocage dès l’annonce de nouvelles innovations technologiques ou bien le jour où l’on basculera dans un parc de véhicules complétement électriques. D’ici là, la volatilité devrait s’intensifier sur le marché des platinoïdes.

Patrick REJAUNIER

Article tiré du magazine Strike 201 / avril 2019

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