Édito

Plan B ou pas Plan B ?

L’allocution de Theresa May au Parlement britannique en réponse à sa défaite lors du vote de la semaine précédente a précisé certaines de ses convictions : il n’y aura pas d’extension de l’article 50, pas de Brexit sans accord ni de deuxième référendum. Bref, c’est une manière plutôt habile de dire que ce sera soit son accord – peut être légèrement remanié –  soit rien du tout et c’est ce que tout le monde craignait.

La Première ministre a détaillé les six préoccupations qui ont été exprimées lors de ses discussions avec les autres chefs de partis (à l’exception de Jeremy Corbyn, qui a refusé d’y participer). Leur principale préoccupation : ne pas permettre une sortie du Royaume-Uni sans accord. Pratique pour la Première ministre car la bonne façon de régler ce problème consiste à approuver l’accord, le sien, qui est sur la table.

Elle a ensuite suggéré que les options consistant à repousser l’échéance ou tout simplement à révoquer l’article 50 n’étaient pas acceptables… Cela impliquerait, selon elle, que le Royaume-Uni reste dans l’UE après le 29 mars et qui constitue une de ses lignes rouges…

May a également exclu la possibilité d’un deuxième référendum, arguant qu’il n’y aurait probablement pas suffisamment d’appui à la Chambre des communes ni de temps. Elle a peut-être raison sur ce dernier point… Selon les constitutionnalistes, il faudrait au moins 22 semaines pour organiser un référendum du début à la fin. Certaines études parlent même d’un an…

Les leaders conservateurs et travaillistes utilisent clairement cette question pour jouer à des fins politiques. Le problème de May est le suivant : si elle dépasse sa propre ligne rouge (comme rester dans l’union douanière ou étendre l’article 50), elle perdra le soutien de davantage de députés tout en s’aliénant de son propre parti, le parti conservateur, qui est clairement en faveur du Brexit.

Le chef de l’opposition, Jeremy Corbyn, joue un jeu similaire. Bien que les membres de son parti s’opposent au Brexit, Corbyn ne souhaite pas engager des négociations qui faciliteraient d’une manière ou d’une autre le Brexit de Madame May et réduire ainsi ses chances de victoire aux prochaines élections législatives.

On soupçonne également le Premier ministre de miser sur les « BOBs » (pour Bored Of Brexit dont les traductions pourrait être « les lassés par le Brexit »). Le grand public commencerait à se lasser et préférerait que le gouvernement mette un terme d’une manière ou d’une autre à cela plutôt que de poursuivre (encore) le débat.

C’est dans l’édition de jeudi dernier de « Question Time », l’une des émissions phares de la BBC, diffusée tous les jeudis à 22 h 45, que l’on a pu observer une des plus grandes salves d’applaudissement réservées à un participant. Qu’a-t-il fait pour mériter cet hommage ?  Il a appelé les politiciens à prendre acte du résultat du référendum et à quitter l’UE…

Les politiciens étant sensibles à l’opinion publique et aussi difficile que cela puisse paraître pour de nombreux investisseurs, nous ne pouvons exclure que cela nous mène à Brexit–dur, sans accord, et sans garantie aucune de ce qu’il pourrait avoir pour conséquence sur nos économies continentales…

Thibaud Renoult

Article tiré du magazine Strike 199 / février 2019

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