Dossier

Quels seront les temps forts de 2020 ?

Les événements importants ne manqueront pas au cours de la nouvelle année ! Le 3 février marque dans l’Iowa le début des élections primaires pour déterminer les candidats à la présidence des États-Unis. D’ici la fin juin, le Royaume-Uni doit décider s’il demandera plus de temps pour négocier un accord de libre-échange, sans quoi il est peu probable qu’un hard Brexit fin 2020 soit évité. En outre, les élections régionales en Italie pourraient entraîner un retour du controversé Matteo Salvini. La Réserve fédérale annoncera quant à elle les résultats de sa révision de stratégie tandis que la BCE pourrait devoir faire face à une intensification des discussions sur la fin de sa politique de taux d’intérêt négatifs.

Fin janvier. Premières réunions du comité de coalition en Allemagne
Saskia Esken et Norbert Walter-Borjans ont été élus coprésidents du SPD le 1er décembre afin de mettre fin à l’impopulaire  » grande coalition  » avec Mme Merkel et les partis CDU/CSU. Mais les membres du groupe parlementaire du SPD, dont beaucoup ne devraient pas entrer au parlement après une éventuelle nouvelle élection, ont rapidement ralenti la nouvelle direction du parti. Par conséquent, nous ne nous attendons pas à ce que la première réunion du comité de coalition au cours de la nouvelle année ait lieu à la fin du mois de janvier. Il est vrai qu’Esken et Walter-Borjans vont probablement exiger un programme d’investissements publics, plus de compensations sociales pour la protection du climat, un salaire minimum plus élevé et probablement aussi une limitation de vitesse sur les autoroutes. Mais ils seront fondamentalement prêts à faire des compromis et ne mettront pas fin à la grande coalition.

Fin janvier. Retour de Matteo Salvini ?
Fin janvier, des élections régionales historiques auront lieu en Italie – en Emilie-Romagne, une des régions les plus riches d’Europe, et en Calabre, à la pointe sud de l’Italie. Des élections suivront en mai et juin dans six autres régions. Elles sont importantes car la plupart de ces régions sont des bastions des sociaux-démocrates (PD) depuis des décennies, mais il existe une réelle possibilité que Matteo Salvini et la Lega puissent marquer des points décisifs. Ce serait un indicateur important pour l’orientation de la politique au niveau national. En tout cas, selon les sondages d’opinion, Salvini a gagné en popularité ces derniers mois, ce qui est soutenu par le fait que le gouvernement actuel composé de Five Stars (M5S) et du Partito Democratico (PD) s’est empêtré dans des disputes sur de nombreuses questions importantes. C’est probablement l’une des raisons pour laquelle les partis de droite gagnent depuis un certain temps le soutien populaire des électeurs aux dépens de la gauche. Ces derniers mois, par exemple, les Frères d’Italie (Fratelli d’Italia), un parti d’extrême droite, se sont élevés dans les sondages et ont dépassé Forza Italia de Berlusconi pour devenir la quatrième force en puissance. Un retour du controversé Matteo Salvini à la tête du gouvernement n’est donc pas à exclure.

3 février. Primaires démocrates américaines dans l’Iowa
Les candidats démocrates et républicains à la présidence sont choisis dans le cadre d’un processus préélectoral élaboré. Ces primaires commencent traditionnellement dans l’Iowa. La plupart des délégués sont en lice le mardi 3 mars, où les primaires se tiennent dans plusieurs États. Une fois les primaires terminées, les démocrates désigneront officiellement leur candidat à la présidence lors de leur convention nationale du 13 au 16 juin, et les républicains du 24 au 27 août.
C’est une simple formalité pour les Républicains de nommer à nouveau Donald Trump. Le candidat démocrate n’a pas encore remporté la victoire mais les sondages montrent que Joe Biden est en tête. Depuis plusieurs mois, ils indiquent qu’il obtiendrait entre 26 % et 29 % des voix dans tout le pays. En deuxième place, avec un peu moins de 20 %, se trouve Bernie Sanders, qui a récemment refait parler de lui, tandis qu’Elizabeth Warren est retombée à environ 15 %. Michael Bloomberg, qui est parti en retard dans la course, est actuellement proche de 6%.
Biden et Bloomberg sont considérés comme centristes, tandis que Sanders et Warren sont des candidats de gauche (selon les standards américains). Si Sanders et Warren peuvent compter sur l’enthousiasme de leurs soutiens, les centristes ont peut-être de meilleures chances dans n’importe quel duel contre Trump. La sélection du candidat démocrate est donc une étape importante sur la voie des élections présidentielles prévues pour le 3 novembre (où seront également élus la Chambre des représentants et un tiers du Sénat).

5 mars. Le Congrès du peuple chinois se réunit
L’Assemblée populaire nationale de Chine se réunira le 5 mars, lorsque le gouvernement chinois annoncera ses objectifs annuels pour les principaux indicateurs économiques. La Chine devrait abaisser son objectif de croissance pour 2020 à 6,0 %, ce qui suggère que le gouvernement est prêt pour une trajectoire de croissance légèrement plus plate.
Une question clé est de savoir quelles mesures de politique économique seront annoncées au Congrès du peuple. En 2018, par exemple, le gouvernement a présenté les plans de réduction de la dette régionale. En 2019, il a adopté un ensemble de mesures de réduction des impôts de 2 000 milliards de yuans (l’équivalent d’environ 2 % du PIB). Aucune mesure expansionniste n’est prévue cette année. Il acceptera plutôt une croissance plus faible, dont il peut de toute façon blâmer Donald Trump. Pour l’instant, la Chine ne fera pas office de moteur de croissance pour l’économie mondiale.

Printemps. La BCE suit-elle l’exemple suédois ?
La BCE promet de maintenir longtemps ses taux directeurs à leur niveau actuel, voire de les baisser encore. Les marchés y croient, et les rendements obligataires sont en conséquence faibles. Mais certains observateurs se demandent si la BCE ne pourrait pas suivre l’exemple de la banque centrale suédoise, qui a relevé ses taux d’intérêts pour la deuxième fois en un an le 19 décembre, mettant ainsi fin à sa politique de taux d’intérêt négatifs. Elle a également justifié cette décision par le fait que des taux d’intérêt négatifs pourraient avoir des effets secondaires néfastes. C’est exactement ce que beaucoup craignent pour la zone euro. Cette critique n’est plus seulement le fait de l’Allemagne et Christine Lagarde pourrait envisager de supprimer les taux d’intérêt négatifs impopulaires.
Cette question sera de plus en plus discutée sur les marchés, surtout si les indicateurs avancés commencent à se redresser à partir du printemps et si les inquiétudes concernant l’état de l’économie s’atténuent. Cependant, en fin de compte, nous ne croyons pas que la BCE augmentera son taux de dépôt cette année ou l’an prochain. La banque centrale suédoise a depuis longtemps promis de mettre fin à sa politique de taux d’intérêt négatifs à moyen terme. En revanche, la BCE promet des taux d’intérêt inchangés ou même plus bas. Si la BCE reniait cette promesse, les rendements des obligations d’État augmenteraient massivement. De nombreux responsables de la BCE veulent certainement éviter ce risque, d’autant plus que les causes de la crise de la dette souveraine n’ont pas encore été résolues dans leurs grandes lignes.

Début de l’été. La Fed présente les résultats de sa revue de stratégie
La Fed a annoncé un vaste examen de sa stratégie en novembre 2018. Les objectifs de la politique monétaire – la stabilité des prix et le plein emploi – ne font pas l’objet d’un débat car ils ont été légiférés par le Congrès. La Fed n’abandonnera pas non plus sa cible d’inflation de 2 %. Mais il est important de vérifier si la Fed peut atteindre ses objectifs de la meilleure façon possible avec les outils existants. La Réserve fédérale examinera également si et comment elle peut améliorer sa communication.
Le contexte de la révision de la stratégie vient du constat que la Fed a longtemps manqué son objectif d’inflation de 2%. Depuis 2010, le taux d’inflation s’élève en moyenne à 1,5% et ne montre aucun signe de progression vers l’objectif de 2%. Cela augmente le risque que les attentes d’inflation se solidifient à ce faible niveau, ce qui compliquerait encore les efforts pour atteindre la cible d’inflation. La discussion porte de plus en plus sur les  » stratégies de rattrapage  » par lesquelles la Fed accepte des taux d’inflation plus élevés pendant une période après une période d’inflation trop faible.

30 juin. Hard Brexit ?
Depuis la victoire écrasante des conservateurs aux élections du 13 décembre, il est clair que la Grande-Bretagne quittera l’UE à la fin du mois de janvier. Le traité de retrait prévoit que l’UE et le Royaume-Uni négocieront leurs futures relations économiques par la suite, en particulier un accord de libre-échange. Selon le traité, ces négociations doivent être conclues d’ici la fin de 2020.
Toutefois, il n’est pas réaliste d’espérer que les deux parties se mettent d’accord sur un accord de libre-échange en seulement 11 mois. Pour obtenir plus de temps, la Grande-Bretagne devrait demander à l’UE une prolongation du délai d’ici la fin du mois de juin. Les conservateurs ont exclu cette option dans leur manifeste électoral et, tout récemment, le gouvernement a réitéré son intention. Mais en fin de compte, Boris Johnson va probablement demander plus de temps de négociation. En effet, si les négociations cessaient fin 2020 sans accord de libre-échange, des droits de douane seraient introduits entre l’UE et le Royaume-Uni. Cela équivaudrait à un Brexit désastreux sur le plan économique. Boris Johnson ne serait probablement pas prêt à prendre ce risque économique…

 Propos traduits de Peter Dixon, Research Commerzbank

Strike 210, Février 2020

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