L'analyse

Sortez (dé)couvert

Les fonds dits activistes font depuis longtemps déjà partie du paysage financier. Mais l’hypermédiatisation inédite dont ils bénéficient depuis deux ou trois ans contribue à accroître leur influence, même lorsque leurs positions sont ultra-minoritaires. Dans l’univers des activistes, il est une catégorie qui suscite davantage de controverse, celle des fonds baissiers.
N’est-ce pas Casino ?

Des milliers de fonds prennent quotidiennement des positions dans des entreprises sans tambour ni trompette. Dans la très grande majorité des cas, ils investissent car ils croient au potentiel haussier d’une société, en soutenant de facto la stratégie mise en place par le management. D’ailleurs, ils ne souhaitent généralement pas être représentés au sein des organes sociaux. Plus rarement, certains fonds accumulent les titres de sociétés décotées car ils les estiment mal gérées. Leur objectif est de provoquer un changement de stratégie (voire de management) pour aboutir, in fine, à une meilleure rémunération des actionnaires.
Le phénomène prend de plus en plus d’ampleur : 145 campagnes lancées contre 136 entreprises au 1er semestre 2018, selon Lazard : du jamais vu ! Les fonds activistes, qui engagent des sommes de plus en plus importantes, sont aussi de plus en plus représentés dans les conseils d’administration : 119 sièges remportés sur le semestre écoulé, encore un nouveau record (75% par rapport au 1er semestre 2017). Leurs détracteurs les traitent de
vautours, leurs partisans estiment qu’ils contribuent à corriger des anomalies. Nous vous laissons former votre opinion.

Les avis sont plus tranchés quand il s’agit des fonds baissiers, plus destructeurs que bâtisseurs, même si leur stratégie est là encore fondée sur la correction d’une anomalie. Il s’agit de pourfendre les sociétés qu’ils estiment survalorisées, en utilisant les facultés offertes par la vente à découvert. En France, l’exemple de la « galaxie » Casino est riche d’enseignements. Le fonds Muddy Waters s’est abattu sur le groupe à la fin de l’année 2015, en publiant une vaste étude alarmiste sur la situation financière du distributeur, ou plutôt de ses holdings, en particulier Rallye. Et en accusant le management de gérer Casino avec une vision de court terme : servir le remboursement de la dette des holdings faîtières plus que l’intérêt des actionnaires.

Près de trois ans plus tard, force est de constater que les coups de boutoir du fonds de Carlson Block ont eu d’importantes conséquences, même s’il est parfois difficile de trancher entre ce qui se serait produit sans son intervention, ce qui lui est directement imputable et la part de prophétie autoréalisatrice. Le cours de l’action Casino a été divisé par près de deux. Le périmètre a été amputé de plusieurs actifs internationaux. Le plan de désendettement a été renforcé. La transformation numérique a été accélérée. Mais, à l’heure où nous écrivons ces lignes, les positions à découvert contre l’action Casino dépassent encore 15% du capital, ce qui est colossal, surtout lorsque l’on sait que le flottant représente moins de 50% des titres en circulation. Les fonds baissiers ont en effet tendance à chasser en meute. Et le marché doute toujours de la capacité du groupe Casino à honorer ses engagements, malgré les efforts déployés par la direction pour prouver le contraire. Moralité : méfiez-vous des sociétés prises dans les griffes des fonds baissiers.

Patrick Rejaunier

Article tiré du magazine Strike 195 / Octobre 2018

 

 

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