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Une démocratie imparfaite

Six semaines de vote, 900 millions d’électeurs appelés aux urnes électroniques, ce véritable marathon électoral démesuré va permettre de renouveler le parlement indien tout en conservant le premier ministre actuel, Narendra Modi. Le chef du parti national hindou repart donc pour cinq ans à la tête de la 5e puissance économique mondiale. En effet, l’Inde reste le champion de la croissance. Les récentes perspectives de l’OCDE prévoient une croissance de 7,2 % pour 2019 et 7,4 % pour 2020, des scores en ligne avec les années précédentes. C’est mieux que la Chine, et deux fois plus que la moyenne mondiale.
Derrière ces chiffres flatteurs, les observateurs soulignent que l’Inde souffre d’une démocratie ethnique basée sur une inégalité envers les minorités. L’âme identitaire, favorisant le multiculturalisme, fut le véritable pilier de l’idéologie mise en place lors de l’indépendance en 1947 par Pandit Nehru et Mahatma Gandhi. Elle se retrouve bafouée par un nationalisme ethnique très marqué. En parallèle à ces désunions internes, l’Inde hindoue et le Pakistan majoritairement musulman se retrouvent toujours en conflit sur la région du Cachemire, cloisonnée par les deux religions.
Dans ce contexte, il n’est pas étonnant de voir une campagne électorale fortement teintée par deux thèmes que sont le nationalisme et les problèmes sécuritaires, l’économie étant relayée au second plan. Pourtant, le challenge se veut tout aussi primordial, avec l’ambition de réduire l’analphabétisation qui affecte encore plus d’un tiers de la population et la pauvreté qui touche 70 millions d’habitants. La richesse par habitant classe seulement le pays au-delà de la 140e place mondiale.
Le premier ministre réélu n’a pas complètement gagné le combat auquel il s’était engagé dans son premier mandat, d’une part améliorer les infrastructures extrêmement vétustes et d’autre part fertiliser un environnement plus propice aux affaires. Les créations d’emplois, fer de lance de son discours de candidat à l’époque, n’ont pas atteint les objectifs souhaités, ce qui a poussé le taux de chômage à 6,1 %. La dégradation du marché de l’emploi trouve une partie de son origine dans la démonétisation qui consistait à retirer de la circulation la majorité de billets de banque afin d’enrayer la fraude fiscale mais qui a, au final, constitué un frein à l’économie indienne.
Néanmoins, il y a vingt-cinq ans, l’économie indienne était fermée, dominée par le protectionnisme et paralysée par une bureaucratie presque communiste. Le chemin parcouru par le pays est, par conséquent, gigantesque depuis l’ouverture de ses frontières, ce qui lui permet aujourd’hui de devenir le premier exportateur de services informatiques, de médicaments génériques et de services aux entreprises.
À l’aube de son deuxième mandat, Modi se trouve devant de multiples défis dont celui de maintenir la trajectoire de son pays vers une croissance plus harmonieuse. L’Inde doit bonifier sa capacité à rester le « bureau du monde » en surfant sur la globalisation, même si des vents contraires à la libéralisation des échanges soufflent sur la planète.

Patrick Rejaunier

Article tiré du magazine Strike 203 / juin 2019

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