EN PRIVÉ
Marchés : un environnement plus constructif qu’il n’y parait
Malgré un environnement macroéconomique encore incertain, plusieurs signaux convergent vers un maintien d’un scénario favorable aux actifs risqués (“risk-on”), en particulier sur les marchés actions. L’idée centrale est que l’absence de forte visibilité macroéconomique n’est pas nécessairement négative : elle peut au contraire soutenir les marchés via les comportements microéconomiques des entreprises, le positionnement des investisseurs et l’évolution attendue des banques centrales.
Une faible visibilité macro qui soutient paradoxalement les actions
Lorsque les perspectives économiques sont floues, les entreprises adoptent généralement une gestion prudente : réduction des dépenses discrétionnaires, contrôle strict des coûts, report de certains investissements et optimisation des ressources. Cette discipline améliore la structure de coûts.
Lorsque la visibilité s’améliore ensuite, même légèrement, la reprise du chiffre d’affaires se traduit mécaniquement par une amélioration plus forte des marges et des bénéfices. Ce phénomène est particulièrement favorable aux sociétés cycliques, aux mid caps (capitalisations moyennes) et aux entreprises fortement exposées au levier opérationnel.
En parallèle, de nombreux investisseurs restent encore sous-investis sur les segments les plus sensibles à la croissance. Un retour de confiance pourrait donc provoquer des rotations sectorielles rapides, des rachats de positions vendeuses et un mouvement haussier alimenté par les flux.
Des marges d’entreprises toujours exceptionnellement élevées
Un autre élément de soutien majeur réside dans la solidité persistante des marges bénéficiaires. Plusieurs grandes entreprises affichent encore des niveaux de rentabilité historiquement élevés, notamment dans la technologie, les paiements, les infrastructures de marché ou les semi-conducteurs.
Le message implicite est clair : il reste difficile de construire un scénario durablement baissier sur les bénéfices tant que les entreprises conservent une telle capacité de génération de cash-flow et d’absorption des chocs macroéconomiques.
Cette résilience des marges justifie en partie les valorisations élevées observées sur certains segments du marché.
Les taux européens jugés trop élevés
Sur la partie taux, l’analyse présentée considère que les taux européens sont actuellement « beaucoup trop élevés », en particulier au regard du ralentissement de la croissance et de l’évolution récente des prix de l’énergie.
La baisse des prix énergétiques depuis leur pic, combinée à des indicateurs d’inflation moins tendus et à une communication de la BCE moins urgente, réduit la probabilité d’un resserrement monétaire agressif à court terme.
Le scénario central évoqué n’est plus celui d’un cycle de hausses marqué, mais plutôt :
- Soit deux hausses plus tardives et graduelles ;
- Soit un statu quo monétaire ;
Avec une probabilité nettement plus faible d’un durcissement significatif supplémentaire.
En conséquence, la trajectoire implicite des taux de marché semble trop restrictive par rapport au scénario macroéconomique désormais privilégié.
Implications d’investissement
Dans ce cadre, plusieurs convictions ressortent :
- Biais favorable aux actions, en particulier les valeurs de qualité disposant de marges solides ;
- Potentiel de rattrapage des secteurs cycliques et value en cas d’amélioration graduelle de la visibilité ;
- Soutien potentiel aux actifs réels et aux matières premières ;
- Opportunité sur les taux européens si le marché reprice une BCE moins agressive ;
- Affaiblissement possible du dollar si la prime politique et macro américaine se réduit.
Focus Forex FX
Le marché pourrait rentrer dans une phase de rééquilibrage. Le dollar a largement bénéficié ces derniers mois d’une prime liée à la vigueur relative de l’économie américaine, à des taux durablement élevés et à l’incertitude géopolitique.
Si cette prime commence à se réduire, le billet vert pourrait perdre une partie de son soutien. Dans ce cas, l’euro disposerait d’un potentiel d’appréciation supplémentaire face au dollar.
Par ailleurs, une amélioration relative des perspectives européennes, combinée à des conditions financières moins contraignantes, renforcerait l’attractivité des actifs libellés en euro et soutiendrait les flux entrants.
Dans ce cadre, une poursuite de la remontée de l’EURUSD apparaît crédible à moyen terme.
Ce scénario n’est pas sans risque, des facteurs tels que les tensions géopolitiques, l’inflation persistante, le maintien des taux élevés aux US ou encore la dégradation de la croissance européenne, peuvent ralentir ou inverser la dynamique.
Focus sur l’or
L’or évolue toujours dans un large range et se heurte à des résistances importantes. Cette phase de consolidation traduit une stabilisation après la forte correction liée à la hausse des rendements, au dollar fort et aux ventes forcées.
Le contexte macro devient progressivement plus favorable : les anticipations de baisse de taux reviennent, les rendements réels et le dollar reculent, ce qui redonne du soutien à l’or, sans toutefois provoquer encore de véritable rupture haussière. Un franchissement durable de 4 850 USD serait nécessaire pour déclencher un nouveau mouvement de hausse et attirer les acheteurs systématiques, d’autant que le positionnement des hedge funds reste léger.
Les tensions au Moyen-Orient, la crainte pour la croissance et la soutenabilité de la dette américaine restent des facteurs de fond qui militent, à terme, pour des rendements réels plus bas et un environnement plus porteur pour l’or.
À court terme, l’or reste donc bloqué dans son range. Globalement, le marché des métaux précieux semble se reconstruire plutôt que se dégrader, mais il faudra encore de la patience avant une éventuelle cassure haussière.
Repenser l’allocation dans un monde plus inflationniste
Un autre élément à intégrer dans l’analyse actuelle concerne la structure même des portefeuilles. De nombreux investisseurs restent encore positionnés sur un scénario unique : poursuite de la désinflation, baisse des taux, retour du rôle protecteur des obligations longues et surperformance des valeurs de croissance.
Or, ce cadre devient plus fragile dans un environnement marqué par les tensions géopolitiques et la volatilité persistante de l’énergie.
La hausse potentielle du pétrole agit en effet à travers trois canaux : elle soutient les anticipations d’inflation, retarde d’éventuelles baisses de taux et pèse sur les actifs sensibles aux rendements réels, notamment les obligations longues et les valeurs de croissance fortement valorisées. Dans ce contexte, des portefeuilles apparemment diversifiés peuvent en réalité rester exposés au même risque macroéconomique.
Une approche plus robuste consiste à rééquilibrer l’allocation autour de 4 axes :
Conserver de la flexibilité via les actifs courts ou les liquidités ;
- Intégrer des protections contre l’inflation (énergie, or, obligations indexées) ;
- Privilégier les entreprises capables de préserver leurs marges grâce à leur pouvoir de fixation des prix ;
- Et rester exposé à la croissance structurelle de façon plus sélective et disciplinée sur les valorisations.
Autrement dit, le sujet n’est pas seulement de rechercher la performance, mais de construire des portefeuilles capables de résister à plusieurs régimes macroéconomiques, et non plus uniquement à un scénario idéal de désinflation.
Conclusion
Le marché semble évoluer dans un environnement où la perception du risque macro s’améliore plus rapidement que les fondamentaux ne se dégradent. Des entreprises disciplinées, des marges robustes, un positionnement encore prudent et des Banques Centrales potentiellement moins restrictive créent un socle plus favorable aux actifs risqués.
Dans ce contexte, les actions conservent un potentiel de progression, l’euro pourrait bénéficier d’un rééquilibrage face au dollar, et les actifs réels tels que l’or ou certaines matières premières retrouvent leur intérêt dans une logique de diversification.
Pour les investisseurs, l’enjeu n’est donc plus seulement de capter la performance, mais de construire des portefeuilles capables de rester performants dans plusieurs régimes macroéconomiques. Tant qu’aucun choc exogène majeur ne vient remettre en cause ce scénario, le biais de marché demeure globalement constructif.
Andréa Tueni, Head of Sales Trading Saxo Banque, 23 avril 2026.


