L’ANALYSE

Renault, crise de la trentaine ?

Laissez-moi vous raconter une histoire un peu fourre-tout, qui va me permettre de mélanger Renault, l’inflation, les dividendes et un produit original. Le 17 novembre dernier, un lecteur m’a interpellé sur cette date-anniversaire qui marquait les 29 ans de l’arrivée en Bourse de Renault. Il soulignait que l’anniversaire des 30 ans, en novembre 2024, sera celui de la scission du groupe, avec la division véhicules électriques, Ampère, d’un côté, et les bons vieux moteurs thermiques de l’autre… Si tout se passe comme l’a prévu Luca de Meo, le nouvel homme fort du groupe.

Mais revenons à l’entrée en Bourse de Renault en 1994. Le constructeur avait passé les 50 années précédentes au purgatoire de l’État français, pour sa proximité excessive avec l’occupant allemand. Il y a 29 ans, les particuliers avaient pu toucher les actions à 165 francs pièce (25,15 EUR), alors que les zinzins, les investisseurs institutionnels, avaient dû s’acquitter de 176 francs. À l’heure où j’écris ces lignes, et en données brutes, l’action a gagné 42 % en 29 ans. Pas fameux, puisque cela correspond à une moyenne annuelle proche de 1,2 %. Surtout si l’on prend en compte une inflation annuelle moyenne de 1,6 % sur la période, auquel cas le rendement réel est négatif. Premier enseignement : n’oubliez pas l’impact de l’inflation dans vos calculs.

Heureusement, il y a eu quelques coupons pour améliorer (un peu) le bilan. En réinvestissant la totalité des dividendes versés pendant 29 ans pour acheter des actions Renault, le rendement annuel moyen passe à 3,59 %. Après inflation, le bilan reste positif même si on reste loin d’une excellente affaire. Le rendement réel ressort à 1,9 % par an. Contre 1,3 % au Livret A par exemple, mais 7,25 % pour le S&P 500. Second enseignement : n’oubliez pas l’impact des dividendes dans vos calculs. Bref, Renault n’est pas l’affaire du siècle en bourse. À moins bien sûr d’être un talentueux funambule capable d’exploiter les montagnes russes du titre, qui, sur les six dernières années, est monté à 100,80 (en mars 2018) mais a aussi chuté à 12,77 EUR (en mars 2020).

Les plus anciens parmi vous se souviennent peut-être l’existence du titre participatif Renault. Le TP Renault, c’est comme un bon vinyle des années 70 dans son édition originale pour un amateur de 33 tours : il est un peu mythique pour l’investisseur. Mais pas si rare. Ces titres perpétuels avaient été émis en 1983 et 1984, dix avant l’introduction en Bourse, à 1 000 francs pièce par la Régie Renault. Leur particularité ? Une rémunération annuelle minimum de 9 %, voire plus en fonction de la progression du chiffre d’affaires. Une rémunération datant d’une époque où les taux d’intérêts étaient autrement plus élevés qu’aujourd’hui. Renault a tenté de racheter la totalité de ces produits exotiques en 2004. Mais les porteurs aimaient trop leurs TP pour baisser pavillon : l’OPA avait laissé 800 000 des 2 millions de TP émis en 1983 et 1984 en circulation. Ces TP cotent toujours. Enseignement final : il reste quelques vieilleries qui fleurent bon les années 80 sur la cote parisienne.

Patrick Rejaunier
© 2023 zonebourse.com, 21 novembre 2023

Les données relatives aux performances passées ont trait à des périodes passées et ne sont pas un indicateur fiable des résultats futurs. ceci est valable également pour ce qui est des données historiques de marché.

PATRICK REJAUNIER

«  Le TP Renault, c’est comme un bon vinyle des années 70 dans son édition originale pour un amateur de 33 tours : il est un peu mythique pour l’investisseur. »

CHIFFRES CLÉS

47 Mds$

Il s’agissait de la capitalisation boursière de WeWork en janvier 2019. Autrefois un mastodonte de l’immobilier de bureau, l’entreprise s’est déclarée en faillite mi-novembre.

Source : Bloomberg

5,4 %

Il s’agit de la croissance attendue en Chine pour l’année 2023 selon le FMI. Soit une prévision revue à la hausse de +0,4 %.

Source : Bloomberg

805 Mds$

Montant total de Bons du Trésor Américain détenus par la Chine. Il s’agit du plus bas depuis 2009 (à l’époque 1 300 Mds$) en raison, entre autres, des mouvements sur le marché obligataire et des tensions avec les États-Unis.

Source : Bloomberg