La réplique immédiate de la Maison Blanche – une surtaxe mondiale à 15 % pour 150 jours via la section 122 du Trade Act de 1974 – a aussitôt ravivé l’incertitude pour les exportateurs. L’Union européenne a suspendu la mise en œuvre de l’accord transatlantique conclu l’été dernier dans l’attente d’éclaircissements, tandis que les opérateurs s’interrogent sur l’ampleur et le calendrier d’éventuels remboursements de droits déjà perçus (estimés à 175 milliards de dollars).
Une incertitude de plus dans un marché déjà chahuté par les craintes de disruption par l’IA. Les entreprises de logiciels ont été en première ligne de cette purge. Puis, elle s’est étendue à d’autres secteurs, au fur et à mesure des annonces de nouvelles fonctionnalités par les start-ups américaines de l’IA. Seuls les fabricants de semi-conducteurs, perçus comme les vendeurs de pelles et de pioches de la révolution de l’IA, tirent leur épingle du jeu. En effet, les hyperscalers – Alphabet, Amazon, Meta, Microsoft – ont tous relevé significativement leurs prévisions de Capex pour 2026 lors de leurs publications trimestrielles.
Dans ce contexte, l’Europe tire son épingle du jeu face à Wall Street. Depuis le 1er février, le S&P 500 cède ainsi près de 1,5 %, le Nasdaq abandonne 3,3 % ; le CAC 40 gagne quant à lui 4,5 % depuis le début du mois. Une surperformance qui s’explique en partie par la composition des indices européens, qui sont moins exposés aux turbulences de la tech que leurs comparables américains. À Paris, des valeurs défensives comme Orange, Engie ou encore Veolia sont ainsi à leur plus haut niveau depuis plus de 10 ans. La performance est aussi soutenue par la dynamique des flux. Selon les données d’EPFR, les actions européennes devraient enregistrer une collecte record sur le mois de février.
Du côté de la macro, l’économie américaine envoie des signaux contradictoires. Au quatrième trimestre, le PIB a progressé deux fois moins vite qu’attendu (+1,4 % en rythme annuel). Le shutdown de 43 jours de l’automne dernier a en effet pénalisé l’activité. Durant les trois derniers mois de 2025, les dépenses de consommation n’ont ainsi progressé que de 2,4 %, contre 3,5 % au cours du trimestre précédent. Mais dans le même temps, l’inflation PCE du mois de décembre est ressortie au-dessus des attentes, à +3 % sur un an. C’est le rythme de progression le plus rapide depuis février 2025. In fine, les investisseurs retiennent davantage les doutes sur la croissance. Le 10 ans américain est brièvement descendu sous les 4 % mi-février, son plus bas niveau de l’année. Toutefois, les baisses de taux de la Fed ne sont pas garanties pour autant. Le compte-rendu de la réunion du mois de janvier souligne que davantage de membres semblent en faveur d’un statu quo prolongé.
En Europe, la BCE est aussi en pause, avec un taux de dépôt à 2 % depuis juin 2025. Et les économistes n’attendent aucun mouvement cette année, alors que l’inflation devrait être légèrement en dessous de la cible et la croissance réaccélérer. Ainsi, c’est davantage les rumeurs de départ anticipé de Christine Lagarde et les tractations autour de sa succession qui animent les discussions.
Graphiquement, le CAC 40 suit une dynamique positive sur toutes les échelles de temps. En données hebdomadaires, comme en données journalières, cette dernière ne sera pas remise en cause tant que l’indice demeure au-dessus de la zone des 8 360 points, correspondant aux plus hauts de début janvier. L’indice pourrait ainsi poursuivre son ascension en direction des 8 600/8 800 points. A contrario, un retour sous les 8 360 points militerait pour l’amorce d’une consolidation avec les 8 260 points comme premier objectif baissier, voire 8 150/8 060 points par extension.
Laurent Polsinelli
Responsable indices et produits dérivés
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