Le CAC 40 évolue sans tendance franche, dans un marché hésitant entre l’appétit pour le risque alimenté par Wall Street et la faiblesse persistante de ses grands moteurs historiques, au premier rang desquels le luxe. Sur la période, l’indice parisien a alterné rebonds techniques et prises de bénéfices, sans parvenir à suivre le rythme de places européennes plus cycliques comme Milan, dont le FTSE MIB a inscrit un record historique, porté par l’envolée de ses banques. Paris a notamment continué de souffrir de sa composition : un poids élevé de la consommation discrétionnaire, du luxe et de l’automobile, trois segments encore délaissés par les investisseurs. Il enregistre toutefois une progression de 3,3 % sur un mois glissant.
L’ambiance générale est restée dominée par la même équation depuis plusieurs mois : les marchés veulent croire à une poursuite de la croissance américaine, et à une normalisation progressive de l’inflation.
Depuis un mois, les prix du pétrole ont nettement chuté, conséquence de l’accord entre l’Iran et les États-Unis. Une détente qui permet d’écarter les pires scénarios inflationnistes. Malgré tout, les investisseurs s’attendent à ce que les banques centrales continuent à resserrer la politique monétaire. La BCE est partie la première, avec une hausse de taux de 25 points de base en juin. La question d’une deuxième hausse est désormais sur la table. La Fed, quant à elle, a maintenu ses taux inchangés lors de sa dernière réunion. Mais le scénario central glisse vers une hausse de taux en 2026, alors que le nouveau président, Kevin Warsh, a tenu un discours assez ferme pour sa première conférence de presse. À Wall Street, la technologie, les semi-conducteurs et tout l’écosystème lié à l’intelligence artificielle continuent de capter l’essentiel des flux. Les grandes plateformes américaines poursuivent des programmes d’investissement colossaux dans les infrastructures IA, avec des montants qui redessinent la hiérarchie sectorielle. Cette dynamique soutient le Nasdaq et, par ricochet, l’appétit pour le risque mondial, mais elle accentue aussi le contraste avec les valeurs de consommation, beaucoup moins recherchées.
En Europe, cette divergence est particulièrement visible. Le luxe, autrefois principal moteur de la cote parisienne, reste sous pression. LVMH et Hermès figurent toujours parmi les grands perdants de l’année (-22,8 %), victimes d’un ralentissement de la demande, notamment en Chine, et d’une normalisation après plusieurs exercices d’expansion exceptionnelle. L’automobile demeure également fragilisée par les droits de douane, la concurrence chinoise et les doutes sur la rentabilité de la transition électrique.
Sur un mois, les composantes de l’indice parisien enregistrent ainsi des performances très disparates. Safran s’adjuge 13,5 %, Danone 12,7 %, Airbus 12 %, Accor 11,6 % tandis que Stellantis décroche de 22,6 %, Dassault Systèmes cède 14,7 %, Capgemini 11,9 %, Total 10,5 %.
D’un point de vue graphique, la configuration du CAC 40 n’a que peu évolué. En données hebdomadaires, l’indice reste enfermé dans la zone des 7 952/8 425 points en clôture.
À plus court terme, la zone d’indécision se resserre. On suivra désormais la sortie des 8 146/8 468 points pour agir.
Il conviendra néanmoins de rester prudents sur les niveaux actuels. Les marchés demeurent convaincus que la croissance américaine reste plus solide que celle de l’Europe, même si elle dépend de plus en plus de l’investissement des grands groupes technologiques. Cette concentration soutient les indices américains, mais rend aussi la hausse plus vulnérable à la moindre déception sur les dépenses d’IA ou les résultats des méga capitalisations.
Laurent Polsinelli
Responsable indices et produits dérivés
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