ÉDITO

T.I.N.A. ou T.I.A.A. ? Le nouveau dilemme des allocataires d’actifs

Il y a 18 mois, quasiment jour pour jour dans les colonnes de ce même magazine, nous vous parlions de l’acronyme T.I.N.A. rendu célèbre par une non moins célèbre dirigeante d’un pays qui faisait alors partie de l’Union européenne, Margareth Thatcher, pour décrire l’économie de marché comme le seul système qui fonctionne, et mettre fin au débat par les mots suivants : « There Is No Alternative »(1).

Au sortir de l’été 2019, il était utilisé aussi dans un contexte de baisse généralisée des taux d’intérêts pour décrire l’idée selon laquelle les investisseurs étaient contraints de délaisser les obligations dont le rendement était peu ou prou inexistant, au profit des autres classes d’actifs au premier rang desquels on trouvait les actions (aux côtés de l’immobilier ou du non coté). D’après les utilisateurs de l’acronyme anglo-saxon, ils n’avaient pas le choix, il n’y a pas d’autre alternative, T.I.N.A !

Un an et demi après, où en sommes-nous ? Force est de constater que T.I.N.A. véhiculait l’idée d’une stratégie qui s’est avérée profitable pour ceux qui l’ont suivie en investissant sur le marché des actions au détriment des obligations : l’indice américain Standard and Poors 500 (S&P 500) a progressé de 33 % en passant de 3 000 en octobre 2020 à près de 4 000 points en mars 2021.(2) Aujourd’hui, ce qui était devenu un mantra pour certains allocataires d’actifs est mis à mal par un phénomène inverse sur les taux d’intérêt. La référence mondiale de taux, l’obligation d’état américaine à 10 ans, le « 10 Year Treasury Bond », est passé de 0,50 % à 1,75 % (2) en 6 mois et se retrouve désormais à un niveau nettement supérieur au taux de dividende de 1,48 % de l’indice S&P 500 (2). Une question se pose désormais : pourquoi prendre aujourd’hui un risque sur le marché des actions pour obtenir un dividende inférieur au coupon versé par l’obligation d’état américaine dont le risque en capital est beaucoup moins élevé ?

Les haussiers répondront à cette question en expliquant que le rendement d’un placement action n’est pas constitué uniquement par le taux de son dividende mais aussi par la plus-value potentielle que l’investisseur peut matérialiser dans un marché haussier… Et que le mouvement n’est pas terminé grâce à l’afflux monétaire des banques centrales (par exemple…). Ceux parmi les haussiers qui ne trouvent pas le sommeil devant un tel dilemme et les baissiers convaincus vous diront, eux, qu’après une telle euphorie sur 12 mois (78 % de hausse sur S&P 500 depuis les plus bas de mars 2020 (2)), le temps est plutôt à la prudence et qu’il y a une alternative !
Nous y sommes, « There Is An Alternative », T.I.A.A. (3) que l’on retrouve en ce moment dans les articles de la presse anglo-saxonne.

Thibaud Renoult
Responsable Produits de Bourse Société Générale

1. En français Il n’y a pas d’autre alternative (ndlr à l’économie de marché).
2. Sources Bloomberg.
3. Il y a une alternative (sous-entendu il existe d’autres placements que les actions).

L’indice américain Standard and Poors 500 (S&P 500) a progressé de 33 % en passant de 3 000 en octobre 2020 à près de 4 000 points en mars 2021.”

STRIKE 222

CHIFFRES CLÉS

6000 pts

Le CAC 40 efface les traces de la crise et repasse au-dessus des 6 000 points pour la première fois depuis
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La Banque centrale européenne a annoncé qu’elle maintenait son taux de refinancement à un niveau historiquement bas de 0 %.
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Le Bitcoin bat un nouveau record à 50 700 € l’unité le 13 mars 2021.
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