À Paris, le CAC 40 est quasi stable depuis le début du mois, alternant phases de reprise et épisodes de consolidation. L’indice avait inscrit un record historique à 8 755 points le 7 août, reflet d’un marché qui n’a pas rompu avec l’appétit pour le risque mais qui refuse désormais de payer sans discernement les valorisations élevées et les promesses de croissance future.
L’ambiance s’est nettement complexifiée à mesure que le mois avançait. Le conflit entre les États-Unis, Israël et l’Iran, déclenché en février, continue d’alimenter les craintes inflationnistes, avec un détroit d’Ormuz toujours au centre des inquiétudes. Washington a franchi une nouvelle étape en annonçant une offensive économique contre Téhéran, menaçant de sanctions secondaires les pays et entreprises maintenant des relations commerciales avec l’Iran. Les marchés pétroliers ont toutefois réagi avec retenue, les opérateurs jugeant les annonces moins spectaculaires qu’attendu. Le Brent se stabilise autour des 90 dollars.
Le CAC 40 reste pénalisé par la sensibilité de plusieurs de ses composantes à la conjoncture mondiale, aux taux longs et au commerce international. Les valeurs automobiles ont particulièrement souffert après la menace de Donald Trump de porter à 50 % les droits de douane sur les véhicules et pièces automobiles en provenance du Canada à partir de janvier. Stellantis et Renault ont ainsi pesé sur l’indice parisien, dans un secteur déjà fragilisé par la concurrence chinoise, la pression sur les marges et les avertissements venus d’Allemagne, notamment chez Volkswagen.
Le marché obligataire demeure l’autre foyer de tension. La remontée des rendements longs américains, alimentée par la dérive des finances publiques, les besoins de financement des États et les investissements massifs liés à l’IA, a rappelé aux investisseurs que le coût du capital redevient une variable centrale. Le Trésor américain a tenté d’apaiser les tensions en évoquant une intensification des rachats d’obligations longues, initiative qui a temporairement soulagé les rendements mais aussi ravivé les interrogations sur l’indépendance et la lisibilité de la politique économique américaine. Dans ce contexte, Wall Street conserve un rôle directeur. Le Dow Jones a mieux résisté, tandis que le Nasdaq et le S&P 500 ont été freinés par les prises de bénéfices sur les semi-conducteurs. Toute la cote mondiale attend désormais les résultats de Nvidia, devenu le baromètre de l’ensemble de la chaîne de valeur de l’intelligence artificielle. Les attentes sont considérables, avec un chiffre d’affaires trimestriel attendu proche du doublement sur un an. Pour Paris comme pour Francfort, la réaction de Wall Street à cette publication pourrait déterminer la capacité des indices européens à prolonger leur avance.
La fin du mois se jouera également sur le terrain monétaire. L’inflation PCE américaine et le discours de Kevin Warsh à Jackson Hole seront scrutés pour évaluer la volonté de la Réserve fédérale de maintenir ou non une ligne restrictive face à une inflation encore tenace.
Pour le CAC 40, le bilan d’août reste donc fragile : les acheteurs n’ont pas disparu mais ils exigent davantage de visibilité avant de pousser l’indice vers de nouveaux sommets.
D’un point de vue graphique, l’indice parisien est en phase de consolidation au sein du range 8 250/8 726 points, la zone des 8 450 points faisant office de pivot.
Un retour sous ce niveau militerait pour l’amorce d’une consolidation de plus forte ampleur qui pourrait ramener rapidement le CAC 40 vers les 8 250 points, plus bas de fin juillet.
Le ralliement de cette zone de cours pourrait constituer une nouvelle occasion de revenir progressivement à l’achat à moindre risque.
Laurent Polsinelli
Responsable indices et produits dérivés
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